Voici une petite sélection d'une douzaine de mots usuels que j'aime bien parce que pour diverse raisons il représentent pas mal l'Anglais parlé autour de moi, et donc une partie de mon expérience quotidienne.

  1. hi/hey/...
    La formule de salutation des étudiants. A la base c'est "hi" sauf que c'est tellement répété que ça se déforme, surtout selon l'état d'endormissement/alcoolisation/accent de l'interlocuteur. On a donc le "hi" bien propre, mais aussi le "hey" de la personne prise par surprise, le "ha" vaguement articulé à la personne avec qui on a pas trop envie de s'attarder, le grognement vaguement aspiré du petit déjeuner...
    Il y en a pour tous les goûts.
  2. how's your life?
    Je suis déjà pas fan des questions rhétoriques de salutation, mais en fait quand il attendent vraiment une réponse c'est pire (la conversation ne peut pas commencer tant que tu n'as pas assuré que tout va très bien et que tu n'as pas retourné la réponse. Mais bon, "how are you?" on s'y fait encore. Mais quand la question devient "how's everything goin'?" ou le plus affreux "how's your life?" on atteint le fond du fond.
    On va peut-être pas faire semblant d'avoir besoin de tout savoir sur la vie de l'autre pour pour commencer la soirée si ? Ben si. Je crois bien que j'ai tendance à répondre invariablement "fine" en évitant le regard de mon interlocuteur : je ne suis donc pas plus extraverti en Anglais qu'en Français. ;-)
  3. guys
    Je croyais que "guys" c'était les mecs. En fait non : "guy" c'est bien «un mec», mais au pluriel ça s'applique à 'importe quel groupe, pas forcément avec un mec dedans.
    Ce me fait marrer dans le contexte des cours de géographie sociale où l'on parle entre autres de domination masculine, de la nécessité de décentrer l'analyse (c'est-à-dire de ne pas prendre le point de vue dominant pour le seul légitime)... Et où dans une atelier sur le féminisme la prof demande à un groupe de filles uniquement "so what have you guys been coming up with?". Bravo pour «l'aliénation». ^^
  4. stuff
    "stuff" c'est aussi utilisé que «truc», ça se place facilement dans un tas de contextes différents : "I didn't get any stuff done" -j'en ai pas tourné une-, "can you buy some lip stuff?" -tu peux racheter du truc pour les lèvres ?, "we came up with great stuff" -on a fait un truc trop bien, "having parties, big meals, long nights and stuff..." -... boire, manger, dormir et tout ça...". Ce qui est marrant c'est la façon de le prononcer, typique, en rentrant le menton dans le cou et comme si le son sortait brut de la gorge. Pas très sexy mais tellement «couleur locale» !
  5. obviously
    Mon préféré. :-) "Obvious" c'est «évident». L'adverbe qui va avec c'est donc quelque chose comme «forcément». C'est le fin du fin de l'humour glacé et sophistiqué, ça sert à montrer à quel point t'es pince-sans-rire et plein d'auto-dérision.
    Recette typique dans mon cas, maintenant que mon accent français ne s'entend plus dès que j'ouvre la bouche, mais seulement quand je me lance dans des phrases complexes avec du vocabulaire un peu élaboré : je parle un peu, puis au détour d'une phrase je glisse "...because I'm French". Et là blanc abrupt, "eye-contact" et d'un air fataliste "...obviously". En quelques mots je viens de bénéficier de tous les fantasmes sur la France, de montrer que j'apprécie l'humour anglais, et de prouver que je suis conscient de mes défauts de prononciation et que j'en ris. High score!
  6. basically
    Le tic de langage parfait. C'est le «en fait» anglais, le bouche-trou qu'on place partout. Mais alors VRAIMENT partout. Typique des jeunes : "well, basically, you know, what I'm doing is pretty much, basically , 10 hours maths with 1/2h economic history, yup, basically". Un incontournable, j'essaye d'en user avec modération mais c'est bien pratique pour faire naturel pendant qu'onc herche le prochain mot de vocabulaire. ;-)
  7. socially constructed
    Alors ça c'est pas le langage courant des jeunes, c'est plus le pain quotidien de l'étudiant en sciences sociales. Un peu ce que «modalités» est à la BL quoi. Qu'on parle identité, race, ethnicité, genre, sexualité, sens du lieu, regard académique, idées, pratiques, la réponse est unique : «produit de négociations sociales».
    C'est la grande idée depuis les années 80, et comme toutes les idées révolutionnaires qui s'institutionnalisent ça devient une tarte à la crème un peu usante, un truc qu'il faut placer 36 fois par dissertations, et qui sert trop souvent à cacher les insuffisances du raisonnement derrière. En tous cas ça fait parti de mon folklore quotidien.
  8. cheers mate
    Beaucoup plus léger, voici la formule vraiment conviviale, le truc sympa qui montre qu'on est tous une grande bande de potes. A dire avec entrain lorsque quelqu'un te tient la porte, t'apporte une pinte, a besoin d'un petit encouragement, vient d'obtenir un succès quelconque... C'est passe-partout aussi, mais avec une nuance beaucoup plus fraîche et sincère que la quasi-totalité des expressions qu'on répète à longueur de journée.
    J'ai pas encore déterminé avec certitude si ça pouvait s'employer avec vraiment n'importe qui -même sans le "mate"- mais pour d'autres étudiants ça passe à coup sûr et j'aime beaucoup.
  9. *thumb up*
    Lié au précédent, lever le pouce pour quelqu'un s'emploie aussi à toutes les sauces, exactement comme dans le cliché de l'Américain lourdingue qui en fait des tonnes... Exemple : à la Debating Society le juge de séance me demande "Thibaut, can you do First Opp?", j'accepte le rôle, et en se replongeant dans sa liste pour attribuer le rôle suivant il lève les deux pouces à hauteur de tête.
    Le problème c'est que comme justement c'est pas un cliché, du coup si tu le fais pas tu passes pour le dernier des rabats-joie. J'ai dû m'y mettre aussi, si jamais j'ai la faiblesse de continuer de retour en France fous-toi ouvertement de ma gueule, parce que c'est quand même bien ridicule ça aussi dans la série «j'en fais des tonnes pour montrer que je suis trop sympa».
  10. fuck
    Alors là déception inverse, c'est pas du tout aussi courant que dans les films de mafia américains. C'est même assez rare. Un des seules occasions où je l'entends vraiment c'est à la Game Society, et encore de manière détournée. Les jeux anglo-saxons reposent beaucoup sur les dés, et quand le dé fait pas ce qu'on veut, l'exclamation la plus courante c'est "oh, for fuck's sake!". L'autre occasion c'est quand au cours de soirées un copain anglais pratique son français : "je...sooy...szallay...fuck mate!...oski...à Coowshavell... oh fuck mate!...say...no, ssayté tweu byen...oh fuck mate, fuck, my French is crap !"
    Plutôt que "fuck" c'est "heck" qu'on entend. "What the heck is he talkin' about?" -mais qu'est-ce qu'il raconte ? Dans les mots qui ne veulent rien dire mais qui sont utilisés pour remplacer des termes «pas beaux», sur le principe du «parbleu !» pour ne pas jurer «par Dieu !» il y a "oh my gosh!" au lieu de...
  11. OHMYGOD!
    A hurler d'une voix suraigüe an agitant hystériquement les mains. Variante avec l'accent des collégiennes noires qui rentrent en bande par le même bus que moi, "OMAGAD!". Insupportable. Encore une fois, à utiliser pour un oui pour un non, mais seulement pour les filles, jamais entendu un mec dire ça. De manière générale, les Anglais montent beaucoup plus dans les aigus que les Français, et les Anglaises font des sons bizarres... Et pour tout dire assez effrayants.